Blabla

Qu’est-ce qu’elle se plaint, celle-là ?

Pour ceux qui passeraient par là sans me connaître, je suis traductrice (dans le sous-titrage précisément) depuis 2008, je travaille toujours pour la même boîte (j’ai eu d’autres clients de façon épisodique, mais rien de fou) qui par chance pendant un temps m’a donné suffisamment de travail pour que j’en vive. Mal, puisque les tarifs qui sont pratiqués ne se disent pas tellement ils sont bas, mais j’arrivais à me verser un salaire décent grâce à la quantité de projets donnés chaque mois. Mais heureusement que je ne suis de toute façon pas dépensière. Les choses évoluent au gré des chefs de projet. A chacun de mes congés maternité, c’est la surprise. « A quelle sauce vais-je être mangée ? » Mais à chaque fois, les choses repartent sans trop de souci.

Et puis depuis décembre, la situation se dégrade. Je ne suis peut-être pas censée travailler pour la gloire, mais au moins avant, je pouvais dire que je bossais sur de chouettes séries. Sur les 10 derniers projets travaillés ou proposés, 6 n’étaient pas dans ma combinaison de langue. J’ai donc traduit de l’anglais déjà traduit du turc et du japonais. Et ce n’est pas faute d’avoir dit que je refusais de faire ça. Mais les chefs de projet changent et ne se passent pas le mot. Et puis arrive le moment où vous êtes dans la dèche et que vous n’avez pas le choix, les projets sont rares donc vous acceptez ce qu’on vous donne.

Je me rends bien compte qu’il est temps que les choses bougent pour moi sur le plan professionnel. Aussi parce que je commence à me demander jusqu’à quel âge je vais devoir travailler vu le peu que je cotise pour ma retraite. M. I, lui, ne me met pas la pression, tant que je suis heureuse, ça lui va. Mais il voit bien qu’en ce moment, ce n’est pas franchement la joie.

Mais voilà, ce n’est pas si simple. Ça fait pas loin de 10 ans que je fais ce boulot. J’avais cette petite routine professionnelle sympathique qui me permettait de conjuguer vie de famille/ vie perso sans trop m’en faire. Je vois toujours comme un énorme avantage le fait de travailler seule et de chez moi. C’est une liberté que j’aurais un mal fou, mais fou à abandonner. Et je crois que ma famille en pâtirait. Je fais partie de ces parents qui débarquent à la seconde à la crèche/école quand un enfant est malade (j’avoue en traînant la patte les dernières fois, parce que ça reste compliqué de lâcher une traduction) et j’ai la chance de pouvoir faire tout ce que les gens salariés font après le travail pendant mes heures de boulot à moi (courses, rendez-vous médecin, repas, lessives), il suffit que j’aménage mon emploi du temps pour caser tout ça et c’est du temps gagné en famille (et aussi pour moi, c’est clair).

Ma bestie m’a refait mon CV, beau, bien, tout ça. Et je le balance à droite et à gauche, à qui veut. Mais apparemment pas grand monde. La traduction, la correction, la rédaction, tout y passe. Pas de réponse. Elle est où l’époque où on se plaignait des « réponses types » ? Ah Ah. Et quand bien même, je crois que ces 10 ans de solitude ne m’ont pas fait que du bien. Je n’ai jamais vraiment eu de retour sur mon travail (sauf une fois, pendant mon congé mat’ pour Rose, j’ai été contactée par un « fan », il a été rude).  Je suis toujours partie du principe que s’ils me gardaient, c’est que ça allait. Et finalement, après la vilaine critique envoyée par ce troll, j’ai des doutes. Mais je ne sais pas vraiment ce que je vaux, donc je ne sais pas comment me vendre. Cet été, j’avais reçu un mail d’une boîte de post-production qui me demandait mes tarifs. J’avais laissé le mail en suspens, par peur de l’inconnu, de ne pas être à la hauteur, de ne pas savoir utiliser le logiciel, de ceci, de cela ou peut-être par peur que ça marche ? Je ne sais pas. Je me suis décidée à les recontacter et ils m’ont redemandé mes tarifs. Et malgré la volonté de voir les choses bouger, j’arrive à repousser ma réponse à plus tard. Estime de soi dans les chaussettes.

C’est pareil avec ce blog. Soyons clairs, j’y viens quand j’ai moins de travail (donc plus de temps), et jusqu’à il y a un mois, seulement 2 personnes de mon entourage savaient de façon officielle qu’il existait. Jamais au grand jamais, je ne communiquais à son sujet. Et puis, je me suis dit « oh et puis zut », les gens ne vont de toute façon pas tomber dessus par hasard. Au pire, ça ne plaît pas, au mieux, ça plaît et ils reviennent. Et puis je ne peux décemment pas postuler en tant que rédactrice, si je n’ai rien à soumettre sur ce plan là. Bon, mauvais, je serais mauvais juge.

Je me questionne sans arrêt sur ma légitimité à faire les choses. A parler de ma vie ici. En quoi la mienne serait assez intéressante pour que je la déballe sur la toile ? A vendre mes « créations » sur Alittlemarket ? Rien que d’écrire le mot « création », ça me fait doucement rire. Sous prétexte de ne pas avoir fait »d’école de macramé » (ahah !) ou de ne pratiquer ce loisir que depuis quelques mois, j’ai des difficultés à me trouver une légitimité à vendre ce que je produis. Mais je vous assure que vu le stock de trucs que je bidouille (et que je ne suspends pas toujours), il va falloir qu’un jour, je les écoule. A postuler en tant que correctrice, quand je vois mes étourderies après coup. Ou en tant que rédactrice, voire même traductrice dans un autre domaine.

Tout ce post pour quoi ? Pour me motiver ? M’épancher ? Sans doute un peu des deux, mais mon but n’est pas de me faire plaindre. En tout cas, pour me mettre aussi un coup de pied au cul. Pour que la remise en question, elle se fasse vite, parce qu’il n’y a pas de temps à perdre. Parce que je n’ai pas envie de baisser les bras et de me résoudre à bosser « en entreprise » en tout cas d’être salariée (même si c’est confortable à certains égards). Et puis faire quoi, d’abord ?

Message à moi-même : Vends-toi, bordel, t’es pas (trop) une merde !

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6 commentaires sur “Qu’est-ce qu’elle se plaint, celle-là ?

  1. Bon, je vais peut-être être le 3ème membre de la famille à savoir ! Félicitation pour ton écriture, très agréable à lire (je n’ai eu le temps de lire que ce post). Il faut publier maintenant, compiler les posts sous forme de bouquin, pourquoi pas ? Même si c’est un rêve, il faut avoir des rêves ! PS dans qui suis-je ? il faut ajouter R. La bise de nous (de Griselles- Loiret).

  2. Je ne sais pas si je suis 3ème ou 4ème membre de la famille à savoir car ça fait quelque semaines que j’ai découvert ton blog grâce à facebook. En général je n’écris pas mais je me disais qu’il fallait quand même te dire que j’appréciais bien Voilà c’est fait; Et je partage, tu es très agréable à lire. Bisous à toi mais aussi à M.I. Grand A. et Mlle R.

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